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CARACTERISTIQUES
Statistiquement, le déficit enregistré par la lente érosion
du protestantisme historique est compensée par l’essor, déjà notable depuis
le XIXe siècle, mais surtout remarquable au cours des cinquante dernières années,
de nouveaux courants dites « évangéliques », dont l’origine
n’est pas toujours à rechercher dans le patrimoine spirituelle des Eglises
luthéro-réformées françaises, mais qui s’est nourri d’influences
diverses, surtout anglo-saxonnes, avec en commun un incoercible besoin de Réveil
religieux. En un demi-siècle, les
effectifs de ce courant ont au moins triplé, passant de 100 000 adhérents
vers 1950 à 350 000 aujourd’hui. … L’une des principales caractéristiques de ces Eglises,
si nombreuses qu’on ne peut les énumérer toutes ici, est qu’elles ne
comptabilisent que leurs membres « confessant », c’est-à-dire
ceux qui ont fait une profession individuelle de leur foi et qui sont donc aux
simples fidèles ce que les militants sont aux citoyens ordinaires.
On retrouve dans le mouvement néo-évangélique plusieurs autres caractéristiques
que l’on pouvait observer dans les mouvements du Réveil en France au début
du XIXe siècle : conversion
individuelle du cœur, …, rédemption de l’humanité par la mort du Christ,
engagement personnel dans les communautés de « professants ».
Jacques POUJOL dans La
France Protestante, Les Editions de Paris / Les Editions La Cause, pp
135-137. L’infaillibilité
de la Bible Rien d’étonnant dès lors si l’on observe souvent chez
les huguenots « la présence de la Bible au cœur de toute leur
spiritualité » (Encrevé, 2001/1, p 308-3089).
… …ils admettent que la Bible est le fruit d’une élaboration
historique, et reconnaissent qu’elle compile différents genres littéraires.
Ils distinguent « la lettre » et « l’esprit »,
comme le souligne le pasteur Edmond Itty :
« La Bible n’est pas un livre magique, un traité mystérieux de
théologie auquel on rend un culte sans réflexion, pour en recueillir,
automatiquement, les faveurs que réservent certaines religions aux seuls
« initiés ». Au
contraire, il faut soigneusement l’étudier, car sa puissance ne réside pas
dans la lettre, qu’il suffirait de réciter superstitieusement, mais dans
l’esprit qui s’en dégage » (« La Bible » Lien Fraternel,
février 1955, p 23-24.). … tous
les évangéliques considèrent que les textes bibliques ont été écrits
durant différentes époques, au travers de styles très divers et de multiples
auteurs humains, ce qui ouvre l’espace à l’exégèse, au commentaire, à la
discussion. (note en bas de page :
C’est pourquoi l’emploi du mot « littéralisme » (utilisé
assez volontiers par les évangéliques eux-mêmes) prête à la confusion.
Limiter les médiations avec le texte ne revient pas à adopter une
interprétation littérale. Quand
les évangiles attribuent à Jésus, lorsque ‘il montre la coupe, les mots
suivants : « ceci est mon
sang », aucun évangélique n’interprète littéralement la phrase.
Les protestants évangéliques s’en tiennent sur ce point à
l’interprétation symbolique de la cène que les Eglises protestantes ont
majoritairement défendue.) … En
revanche, l’idée d’infaillibilité de la Bible, divinement inspirée,
soutient une lecture très normative du texte, où la rigidité l’emporte sur
la souplesse. Elle défend avec véhémence
la véracité des dogmes fondamentaux du christianisme, tels qu’ils ont été
formulés dans les premiers conciles (jusqu’à Nicée, 325).
… … La réalité
historique des « grands faits chrétiens » mentionnés dans la Déclaration
de foi réformée de 1872 ne saurait pour eux être niée sous peine de
renier le Dieu de la Bible. A
l’inverse des théologiens modernistes, ils n’entendent pas disjoindre le
Christ de l’histoire du Christ de la foi.
Pour les évangéliques, si Dieu est Dieu, il est maître de la création
et du temps et dès lors, sa capacité à intervenir de manière spectaculaire
et miraculeuse dans l’histoire, qu’il s’agisse de l’histoire biblique ou
de parcours individuel du croyant, est une réalité unanimement acceptée.
… La formule « la
Bible dit » … est assez largement répandue parmi les protestants évangéliques
français, comme pour signifier l’autorité et l’accessibilité d’un texte
avant tout reçu comme « Parole de Dieu ».
Dans cette perspective, lire la Bible, révélation de ce Dieu puissant
et personnel, conduit moins à la spéculation qu’à l’obéissance, que les
évangéliques associent, dans leur approche théologique, à l’écoute du
Saint-Esprit. Lu individuellement ou
reçu par la bouche du prédicateur, le texte biblique est compris comme un
aliment spirituel qui nourrit le quotidien du fidèle et ouvre un continuum
entre l »histoire du salut et l’itinéraire de chaque individu.
(pp 23-29) « Nous prêchons Christ crucifié » …les protestants évangéliques sont héritiers directs
du pessimisme anthropologique calviniste, fondé sur la conviction de la
« dépravation totale » de l’homme pécheur, incapable d’accéder
lui-même au Salut. « La
grande différence entre les hommes, ce n’est pas que les uns aient fait le
bien et les autres le mal. La grande
différence, c’est que les uns avouent et que les autres nient le mal que tous
ont fait », soulignent l’évangéliste Napoléon Roussel (1805-1878, Le
dicton du peuple : Je n’ai ni
tué ni volé ! Et la réponse
de Jésus-Christ, Re éd, Paris, 33 rue des Saints-Pères, s.d., p 9).
Dans la ligne de la tradition protestante, mais aussi de l’enseignement
des Eglises orthodoxes ou du magistère romain, ils croient également en
l’Enfer, lieu où se perdent les pécheurs impénitents.
.. C’est là
qu’intervient le caractère central du sacrifice de Jésus-Christ, présenté
comme un acte réparateur et salvateur :
en faisant peser sur son fils le châtiment réservé aux pécheurs, Dieu
le Père exempte ses créatures d’un tel sort, dès lors qu’elles
reconnaissent en Jésus celui qui les a sauvés.
A la Croix, grâce au sacrifice rédempteur opérée par le fils de Dieu,
les péchés humains sont expiés, « une fois pour toutes ».
… Pour les évangéliques,
cet événement n’est pas seulement une réalité psychologique (« Peu
importe si la résurrection s’est historique déroulement ou non, ce qui
compte, c’est que Jésus est ressuscité dans nos cœurs »).
Il est reçu comme un fait d’histoire, qui rend plausible le projet de
salut et valide la force d’un Dieu vivant dans l’histoire de chacun, plus
fort que la mort. Au constat d’échec
du péché succède donc la « bonne nouvelle » du salut (note en bas
de page : En grec, Evangile
signifie ‘bonne nouvelle’) proposé à tous, ce qui fait dire à
l’historien André Encrevé que les revivalistes peuvent être définis comme
des « pessimistes consolés » (Encrevé, 1985). Pp 34-35 La conversion La conversion est de moins en moins comprise comme un
changement de confession (un catholique « se convertit » au
protestantisme, ou vice versa). Ce
qu’elle implique désormais pour une majorité des fidèles, c’est une expérience
spirituelle fondatrice, construite dans une relation personnelle avec la divinité,
indépendamment des héritages ou des fidélités institutionnelles.
(p 38) … Ce « chemin »
propose une progression en trois étapes :
l’individu doit d’abord prendre conscience de sa misère intérieure,
de son état de péché, et exprimer ses regrets, son repentir.
On ne peut rechercher la guérison avant de se voir malade »,
observe le pasteur Jacques Blocher (tract La
conversion, s.d., éd. De littérature
biblique, Chaussée de Tubiwe (Belgique), 6 pages).
Au travers de circonstances systématiquement réinterprétées comme
providentielles, l’étape suivante consiste à « accepter » que Jésus-Christ,
fois de Dieu, est mort sur la Croix pour ses péchés.
Ce faisant, le pécheur peut recevoir un pardon total de Dieu, restaurant
la communion brisée par le mal. Enfin,
il lui faut s’engager à devenir disciple de Jésus-Christ.
Ce dernier est reconnu non seulement comme sauveur mais aussi comme
seigneur : pour le converti, Jésus-Christ vit (car ressuscité) et il agit
dans l’ici-et-maintenant du croyant « né de nouveau » au travers
d’une parole normative avant tout connaissable par la Bible.
(p 41) Cette centralité du choix religieux individuel revêt des conséquences politiques : aux yeux des évangéliques, c’r »st à partir de la transformation préalable de ‘individu que les problèmes sociaux généraux pourront être durablement résolus….Par l’amélioration des rapports à autrui que permet d’après eux la conversion individuelle, les protestants évangéliques sont convaincus que la solidarité, l’honnêteté, la responsabilité personnelle et le respect mutuel progressent mécaniquement, transformant la société par le bas, par l’individu régénéré…. (p 42)
Sébastien FATH. Du ghetto au réseau. Le
Protestantisme évangélique en France 1800-2005. Labor et
Fidès. Genève, 2005. Sébastien Fath, spécialiste du
protestantisme évangélique, est agrégé d'histoire et chercheur au CNRS
(Groupe de Sociologie des Religions et de la Laïcité).
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