EGLISE PROTESTANTE EVANGELIQUE 
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CARACTERISTIQUES 

 

Statistiquement, le déficit enregistré par la lente érosion du protestantisme historique est compensée par l’essor, déjà notable depuis le XIXe siècle, mais surtout remarquable au cours des cinquante dernières années, de nouveaux courants dites « évangéliques », dont l’origine n’est pas toujours à rechercher dans le patrimoine spirituelle des Eglises luthéro-réformées françaises, mais qui s’est nourri d’influences diverses, surtout anglo-saxonnes, avec en commun un incoercible besoin de Réveil religieux.  En un demi-siècle, les effectifs de ce courant ont au moins triplé, passant de 100 000 adhérents vers 1950 à 350 000 aujourd’hui. 

L’une des principales caractéristiques de ces Eglises, si nombreuses qu’on ne peut les énumérer toutes ici, est qu’elles ne comptabilisent que leurs membres « confessant », c’est-à-dire ceux qui ont fait une profession individuelle de leur foi et qui sont donc aux simples fidèles ce que les militants sont aux citoyens ordinaires.  On retrouve dans le mouvement néo-évangélique plusieurs autres caractéristiques que l’on pouvait observer dans les mouvements du Réveil en France au début du XIXe siècle :  conversion individuelle du cœur, …, rédemption de l’humanité par la mort du Christ, engagement personnel dans les communautés de « professants ». 

  … on peut espérer que, le lent travail des générations aidant, la fusion des diverses composantes du protestantisme français s’opérera, et que la ferveur évangélique viendra consolider l’héritage un peu compassé de la Réforme. 

 

Jacques POUJOL dans La France Protestante, Les Editions de Paris / Les Editions La Cause, pp 135-137.

 

L’infaillibilité de la Bible

Comme l’observe l’historien Mark Noll, « l’attachement évangélique à l’Ecriture s’avère souvent plus totémique qu’intellectuel, mais l’attachement à l’Ecriture est ce par quoi il faut commencer » (The Scandal of the Evangelical Mind, Grand Rapids, Eerdmans, 1994, p 250) quand il s’agit de définir l’identité évangélique.  La centralité de la Bible comme source unique d’autorité constitue une première caractéristique commune.  Elle est défendue dans une large majorité de confessions de foi évangéliques francophones, au XXIe siècle comme au XIXe siècle.    Près de deux siècles plus tard, le pasteur André Thobois, ancien président de la Fédération Baptiste (FEEBF) et de l’Alliance Evangélique de France (AEF), écrivait en 2002 : « Notre piété a ses racines dans la Bible.  C’est à elle que nous revenons sans cesse et à laquelle nous nous conformons.  C’est pourquoi nous ne cherchons nulle part ailleurs la source, la forme et le sens de notre piété.  » (Pour que notre piété soit vraie, paris, Carnets de Croire et Servir, 2002, p. 17).  Ce type d’affirmation fait consensus parmi les protestants évangéliques français.  Il s’inscrit dans l’héritage de la Réforme, dont l’une des spécificités majeures à partir du XVIe siècle est d’avoir déplacé la source de la légitimité religieuse d’une institution (la Sainte Eglise Catholique) vers un texte, la Bible, seule source d’autorité pour les protestants :  Sola Scriptura, l’Ecriture seule. 

Rien d’étonnant dès lors si l’on observe souvent chez les huguenots « la présence de la Bible au cœur de toute leur spiritualité » (Encrevé, 2001/1, p 308-3089).   

…ils admettent que la Bible est le fruit d’une élaboration historique, et reconnaissent qu’elle compile différents genres littéraires.  Ils distinguent « la lettre » et « l’esprit », comme le souligne le pasteur Edmond Itty :  « La Bible n’est pas un livre magique, un traité mystérieux de théologie auquel on rend un culte sans réflexion, pour en recueillir, automatiquement, les faveurs que réservent certaines religions aux seuls « initiés ».  Au contraire, il faut soigneusement l’étudier, car sa puissance ne réside pas dans la lettre, qu’il suffirait de réciter superstitieusement, mais dans l’esprit qui s’en dégage » (« La Bible » Lien Fraternel, février 1955, p 23-24.).  … tous les évangéliques considèrent que les textes bibliques ont été écrits durant différentes époques, au travers de styles très divers et de multiples auteurs humains, ce qui ouvre l’espace à l’exégèse, au commentaire, à la discussion.  (note en bas de page :  C’est pourquoi l’emploi du mot « littéralisme » (utilisé assez volontiers par les évangéliques eux-mêmes) prête à la confusion.  Limiter les médiations avec le texte ne revient pas à adopter une interprétation littérale.  Quand les évangiles attribuent à Jésus, lorsque ‘il montre la coupe, les mots suivants :  « ceci est mon sang », aucun évangélique n’interprète littéralement la phrase.  Les protestants évangéliques s’en tiennent sur ce point à l’interprétation symbolique de la cène que les Eglises protestantes ont majoritairement défendue.) 

  En revanche, l’idée d’infaillibilité de la Bible, divinement inspirée, soutient une lecture très normative du texte, où la rigidité l’emporte sur la souplesse.  Elle défend avec véhémence la véracité des dogmes fondamentaux du christianisme, tels qu’ils ont été formulés dans les premiers conciles (jusqu’à Nicée, 325). 

  La réalité historique des « grands faits chrétiens » mentionnés dans la Déclaration de foi réformée de 1872 ne saurait pour eux être niée sous peine de renier le Dieu de la Bible.  A l’inverse des théologiens modernistes, ils n’entendent pas disjoindre le Christ de l’histoire du Christ de la foi.  Pour les évangéliques, si Dieu est Dieu, il est maître de la création et du temps et dès lors, sa capacité à intervenir de manière spectaculaire et miraculeuse dans l’histoire, qu’il s’agisse de l’histoire biblique ou de parcours individuel du croyant, est une réalité unanimement acceptée.    La formule « la Bible dit » … est assez largement répandue parmi les protestants évangéliques français, comme pour signifier l’autorité et l’accessibilité d’un texte avant tout reçu comme « Parole de Dieu ».  Dans cette perspective, lire la Bible, révélation de ce Dieu puissant et personnel, conduit moins à la spéculation qu’à l’obéissance, que les évangéliques associent, dans leur approche théologique, à l’écoute du Saint-Esprit.  Lu individuellement ou reçu par la bouche du prédicateur, le texte biblique est compris comme un aliment spirituel qui nourrit le quotidien du fidèle et ouvre un continuum entre l »histoire du salut et l’itinéraire de chaque individu.  (pp 23-29)

 

« Nous prêchons Christ crucifié »

…les protestants évangéliques sont héritiers directs du pessimisme anthropologique calviniste, fondé sur la conviction de la « dépravation totale » de l’homme pécheur, incapable d’accéder lui-même au Salut.  « La grande différence entre les hommes, ce n’est pas que les uns aient fait le bien et les autres le mal.  La grande différence, c’est que les uns avouent et que les autres nient le mal que tous ont fait », soulignent l’évangéliste Napoléon Roussel (1805-1878, Le dicton du peuple :  Je n’ai ni tué ni volé !  Et la réponse de Jésus-Christ, Re éd, Paris, 33 rue des Saints-Pères, s.d., p 9).  Dans la ligne de la tradition protestante, mais aussi de l’enseignement des Eglises orthodoxes ou du magistère romain, ils croient également en l’Enfer, lieu où se perdent les pécheurs impénitents.  ..  C’est là qu’intervient le caractère central du sacrifice de Jésus-Christ, présenté comme un acte réparateur et salvateur :  en faisant peser sur son fils le châtiment réservé aux pécheurs, Dieu le Père exempte ses créatures d’un tel sort, dès lors qu’elles reconnaissent en Jésus celui qui les a sauvés.  A la Croix, grâce au sacrifice rédempteur opérée par le fils de Dieu, les péchés humains sont expiés, « une fois pour toutes ». 

  Pour les évangéliques, cet événement n’est pas seulement une réalité psychologique (« Peu importe si la résurrection s’est historique déroulement ou non, ce qui compte, c’est que Jésus est ressuscité dans nos cœurs »).  Il est reçu comme un fait d’histoire, qui rend plausible le projet de salut et valide la force d’un Dieu vivant dans l’histoire de chacun, plus fort que la mort.  Au constat d’échec du péché succède donc la « bonne nouvelle » du salut (note en bas de page :  En grec, Evangile signifie ‘bonne nouvelle’) proposé à tous, ce qui fait dire à l’historien André Encrevé que les revivalistes peuvent être définis comme des « pessimistes consolés » (Encrevé, 1985).  Pp 34-35

 

La conversion

La conversion est de moins en moins comprise comme un changement de confession (un catholique « se convertit » au protestantisme, ou vice versa).  Ce qu’elle implique désormais pour une majorité des fidèles, c’est une expérience spirituelle fondatrice, construite dans une relation personnelle avec la divinité, indépendamment des héritages ou des fidélités institutionnelles.  (p 38)

  Ce « chemin » propose une progression en trois étapes :  l’individu doit d’abord prendre conscience de sa misère intérieure, de son état de péché, et exprimer ses regrets, son repentir.  On ne peut rechercher la guérison avant de se voir malade », observe le pasteur Jacques Blocher (tract La conversion, s.d., éd.  De littérature biblique, Chaussée de Tubiwe (Belgique), 6 pages).  Au travers de circonstances systématiquement réinterprétées comme providentielles, l’étape suivante consiste à « accepter » que Jésus-Christ, fois de Dieu, est mort sur la Croix pour ses péchés.  Ce faisant, le pécheur peut recevoir un pardon total de Dieu, restaurant la communion brisée par le mal.  Enfin, il lui faut s’engager à devenir disciple de Jésus-Christ.  Ce dernier est reconnu non seulement comme sauveur mais aussi comme seigneur : pour le converti, Jésus-Christ vit (car ressuscité) et il agit dans l’ici-et-maintenant du croyant « né de nouveau » au travers d’une parole normative avant tout connaissable par la Bible.  (p 41)

Cette centralité du choix religieux individuel revêt des conséquences politiques : aux yeux des évangéliques, c’r »st à partir de la transformation préalable de ‘individu que les problèmes sociaux généraux pourront être durablement résolus….Par l’amélioration des rapports à autrui que permet d’après eux la conversion individuelle, les protestants évangéliques sont convaincus que la solidarité, l’honnêteté, la responsabilité personnelle et le respect mutuel progressent mécaniquement, transformant la société par le bas, par l’individu régénéré….   (p 42)

 

Sébastien FATH.  Du ghetto au réseau.  Le Protestantisme évangélique en France 1800-2005.  Labor et Fidès.  Genève, 2005.   Sébastien Fath, spécialiste du protestantisme évangélique, est agrégé d'histoire et chercheur au CNRS (Groupe de Sociologie des Religions et de la Laïcité). 

 

Histoire des Evangéliques